Quel est aujourd’hui le rôle du médecin du travail ?
Le médecin veille à la santé physique et mentale des travailleurs, tout en accompagnant les employeurs sur les enjeux liés aux conditions de travail, dans le respect strict des principes éthiques et déontologiques.
Le médecin du travail vise à :
- améliorer les conditions de travail et l’hygiène au sein de l’environnement professionnel ;
- adapter les postes, les techniques et les rythmes de travail aux capacités et à la santé des salariées ;
- prévenir les risques liés aux nuisances professionnelles ;
- sensibiliser autour des bonnes pratiques en lien avec l’activité ;
- contribuer à l’évolution des équipements et de l’organisation du travail pour mieux protéger les équipes.
À quel moment devrait-on consulter un médecin du travail ?
On consulte généralement à plusieurs moments du parcours professionnel.
Tout.e salarié.e devrait bénéficier d’une première visite médicale dès l’embauche. Pour les postes à risques, une évaluation est réalisée avant même la prise de fonction, afin de s’assurer de l’aptitude du collaborateur à occuper le poste en toute sécurité. Les informations recueillies restent strictement confidentielles et constituent une base de référence pour le suivi médical.
Par la suite, un suivi régulier est mis en place. Conformément à la Section 77 de l’Occupational Health and Safety (OSH) Amendment Act (2022), la fréquence des visites dépend des risques auxquels le travailleur est exposé. Dans la majorité des cas, une visite annuelle est préconisée mais pour les salarié.es exposés à certaines substances spécifiques, telles que définies dans le Ninth Schedule de la loi, cela se fait tous les six mois.
Le médecin du travail intervient également lors de situations particulières : une visite de reprise est par exemple recommandée après une absence liée à une maladie ou à un accident du travail.
Par ailleurs, il faut consulter dès l’apparition de troubles de santé en lien avec le travail. Cela permet d’identifier les causes possibles et, si nécessaire, d’alerter l’employeur pour adapter le poste ou l’environnement de travail.
Enfin, en cas de maladie chronique ou de limitation physique ou mentale impactant la capacité à exercer ses fonctions, l’avis du médecin du travail est aussi déterminant pour définir les aménagements à envisager et assurer la continuité du parcours professionnel dans les meilleures conditions.
Quelles sont les problématiques de santé les plus fréquentes que vous observez chez les travailleurs aujourd’hui ?
Il y en a plusieurs. Parmi les plus fréquentes, on retrouve les troubles musculosquelettiques (TMS), souvent liés aux gestes répétitifs ou aux postures inadaptées, ainsi que les risques psychosociaux tels que le stress, l’anxiété ou le burn-out.
En fonction des environnements et des secteurs d’activité, on observe aussi couramment des maladies respiratoires chroniques, les troubles auditifs liés à l’exposition au bruit, ainsi que certaines affections dermatologiques.
Ces constats s’inscrivent dans un contexte plus large, où les enjeux liés à la santé mentale prennent une place de plus en plus importante. La Journée mondiale de la sécurité et de la santé au travail, célébrée le 28 avril, met d’ailleurs cette année l’accent sur l’importance d’un environnement psychosocial sain, face à la progression des risques psychosociaux et à leur impact sur le bien-être et la performance des travailleurs.
Justement, la santé mentale est de plus en plus évoquée : est-ce une réalité que vous observez sur le terrain ?
Oui, très clairement. Nous constatons une augmentation significative des situations de stress au travail et d’épuisement professionnel (burn-out) ces dernières années, et cette tendance semble appelée à se poursuivre.
La surcharge de travail, le manque de contrôle sur ses missions ou encore un décalage entre les efforts fournis et la reconnaissance, notamment salariale, sont les causes les plus souvent évoquées. À cela s’ajoutent des enjeux d’équité, des conflits de valeurs, des demandes parfois contradictoires, un manque de clarté dans les objectifs ou les moyens, ainsi qu’un sentiment d’insécurité de l’emploi.
Seuls, ces facteurs peuvent déjà fragiliser. Combinés, ils mènent à une dégradation progressive du bien-être, qui peut impacter durablement la santé des collaborateurs.
Certains secteurs sont-ils plus à risque que d’autres ?
Effectivement. Nous constatons que le stress au travail et l’épuisement professionnel touchent davantage :
- les métiers de la santé, de l’action sociale et du médico-légal ;
- les activités financières, d’assurance et de conseil ;
- le secteur de l’éducation et de l’enseignement ;
- les fonctions administratives, de gestion de projets et les postes à responsabilités ;
- les arts, les spectacles et les activités récréatives.
D’autres professions, plus spécifiques, comme les pompiers, les journalistes ou encore les métiers de l’aviation sont également plus à risque.
Comment expliquer que ces secteurs soient les plus à risque ?
Ces secteurs partagent souvent plusieurs facteurs de risques psychosociaux : un niveau d’exigence élevé, une forte pression liée aux délais, un risque d’erreur important, une exposition au regard du public, des horaires étendus, une marge de manœuvre limitée ou encore un manque de reconnaissance. Tous ces éléments peuvent contribuer à créer un environnement de travail particulièrement exigeant et stressant.
Quels sont les premiers signes d’un mal-être au travail auxquels il faut être attentif ?
Sur le plan émotionnel, on observe souvent de l’irritabilité, de la tristesse, de l’angoisse ou une hypersensibilité accrue.
Physiquement, cela peut se traduire par des troubles du sommeil, des difficultés de concentration ou de mémoire, des changements dans l’alimentation, des douleurs musculosquelettiques, une fatigue persistante, des troubles digestifs ou encore une perte d’appétit.
Sur le plan social, un repli sur soi, une perte d’intérêt ou un absentéisme plus fréquent peuvent également être des signes à prendre en compte.
Enfin, certains changements de comportement peuvent apparaître, comme une consommation accrue de substances addictives (tabac, alcool) ou, à l’inverse, une tendance à travailler de manière excessive.
Comment les entreprises peuvent-elles mieux accompagner leurs employé.es sur ces sujets ?
Il faut d’abord une écoute réelle des attentes et des besoins des collaborateurs.
Il est aussi important d’investir dans la formation continue, afin de permettre à chacun de s’adapter aux évolutions d’un environnement professionnel en constante mutation.
La mise en place de modes de travail plus flexibles, comme le télétravail ou des horaires adaptés au quotidien des salarié.es, contribue aussi à un meilleur équilibre entre vie professionnelle et personnelle.
Et puis, il faut arriver à clarifier les rôles et les responsabilités de chacun pour éviter les incompréhensions et les tensions. Finalement, reconnaître et valoriser le travail accompli reste un levier clé d’engagement et de motivation au sein des équipes.
Est-ce que les employeurs sont aujourd’hui suffisamment sensibilisés à ces enjeux ?
Ils sont, en effet, de plus en plus conscients de l’importance de préserver la santé physique et mentale de leurs collaborateurs. Cette prise de conscience progresse, mais des efforts restent nécessaires. Dans certaines organisations, la croissance économique peut encore être privilégiée au détriment du bien-être des équipes.
Au-delà de cet enjeu humain, il s’agit également d’une responsabilité encadrée par la loi. La Section 5 de l’Occupational Safety and Health (OSH) Amendment Act 2022 rappelle en effet que l’employeur a l’obligation de garantir la sécurité, la santé et le bien-être de l’ensemble de ses employé.es, en mobilisant tous les moyens nécessaires pour y parvenir.
Quelles actions simples chacun peut adopter l’employé.e au quotidien pour faire une réelle différence au travail ?
À son niveau, chaque employé.e peut déjà prendre le temps d’échanger de manière informelle avec ses collègues. Un petit geste mais un geste qui contribue à renforcer les relations et à créer un climat de travail plus serein.
Quels conseils donneriez-vous à quelqu’un qui sent que son travail impacte sa santé ?
Le premier réflexe est d’en parler, sans attendre. Se confier à un collègue, à un proche, ou solliciter un échange avec son manager ou le médecin du travail peut déjà permettre de mettre des mots sur la situation et d’envisager des solutions.
Il ne faut surtout pas laisser la situation s’installer. Plus les difficultés sont exprimées tôt, plus il est possible d’agir et d’éviter une dégradation de la santé. Attendre d’être épuisé ou au bord du burn-out rend souvent les choses plus complexes à gérer.
En parler suffit parfois à prévenir des situations plus lourdes, comme un arrêt maladie.
Comment concrètement trouver un équilibre entre performance et bien-être au travail ?
L’employeur, en lien avec les ressources humaines, a la responsabilité de garantir à chaque salarié.e un cadre de travail à la fois sécurisé et adapté à ses besoins, qu’ils soient physiques ou psychiques.
Cela implique de reconnaître que chaque collaborateur fonctionne différemment. Certains sont autonomes, tandis que d’autres ont besoin d’un cadre plus structuré. Il faut prendre en compte ces spécificités.
De son côté, les salarié.es ont également un rôle à jouer, notamment en apprenant à hiérarchiser leurs tâches pour mieux gérer sa charge de travail et éviter le surmenage.
Enfin, encore une fois, l’accès à la formation continue reste essentiel. Il permet aux équipes de rester à jour face aux évolutions de leur métier, tout en renforçant leur confiance et leur capacité d’adaptation.
Un message clé que vous aimeriez faire passer à l’occasion de cette journée internationale ?
Une prise en charge attentive de la santé physique et mentale des collaborateurs constitue un levier essentiel de performance durable. Elle contribue directement à la productivité, à l’engagement des équipes et, à terme, à la croissance de l’entreprise.
Employeur et employé.e partagent, à ce titre, une responsabilité commune. Cela passe par une identification précoce des risques, psychosociaux ou physiques, ainsi que par une capacité à réagir rapidement pour en limiter les impacts.
Agir tôt permet non seulement de préserver la santé des individus, mais aussi d’éviter des conséquences plus lourdes pour l’organisation dans son ensemble.