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Interview du Dr Hasnath Kabir : Le diabète à Maurice

Face à une maladie qui progresse souvent en silence, il est essentiel de mieux comprendre le diabète, ses mécanismes et les gestes qui permettent de s’en protéger.

À Maurice, où cette pathologie touche une part importante de la population et apparaît de plus en plus tôt, l’information et le dépistage jouent un rôle clé.

Le Dr Hasnath Kabir, médecin généraliste, nous aide à y voir plus clair.

Le diabète est aujourd’hui un enjeu majeur de santé publique à Maurice. Quelle est la situation actuelle ?

Le diabète est un véritable enjeu de santé publique à Maurice. D’après les statistiques officielles, 20,1 % des adultes âgés de 20 à 79 ans sont concernés. Un taux nettement supérieur à la moyenne mondiale. En plus de causer près de 10% des décès chez les adultes à Maurice.

Parallèlement, le prédiabète est également très présent. En effet, il est estimé qu’environ 12% d’adultes sont concernés bien que nous n’ayons de chiffres précis.

Ce que nous constatons aussi c’est qu’il y a beaucoup de cas non diagnostiqués. Et d’ailleurs, parmi les personnes diagnostiquées, beaucoup peinent à maintenir un bon contrôle de leur glycémie, ce qui augmente le risque de complications graves comme les maladies cardiovasculaires, l’insuffisance rénale ou encore les troubles de la vision.

Il y a une vraie urgence de renforcer la prévention, le dépistage précoce et la prise en charge.

Pourquoi le taux de prévalence est-il particulièrement élevé à Maurice ?

Plusieurs facteurs expliquent cette prévalence élevée. Il y a d’abord une prédisposition génétique, notamment chez les populations d’origine sud-asiatique, qui peuvent développer un diabète de type 2 même sans être en surpoids important.

À cela s’ajoutent des changements importants dans les habitudes de vie. L’alimentation s’est progressivement orientée vers des produits transformés, riches en sucres et en glucides raffinés, tandis que le niveau d’activité physique a diminué.

L’urbanisation, les modes de vie plus sédentaires et l’augmentation du surpoids contribuent également à cette tendance. Par ailleurs, les Mauriciens développent aujourd’hui le diabète à un âge plus jeune qu’auparavant.

Enfin, pendant longtemps, de nombreux cas n’étaient pas diagnostiqués, ce qui a permis à la maladie d’évoluer silencieusement et de révéler ses complications plus tard.

Maurice est d’ailleurs souvent citée comme un exemple à l’échelle mondiale de l’impact combiné des facteurs génétiques et des changements rapides de mode de vie sur l’augmentation du diabète.

Quelles sont les grandes tendances actuelles du diabète à Maurice ?

On observe une augmentation des cas de diabète chez les jeunes générations.

Cela s’explique par plusieurs facteurs : des habitudes alimentaires moins équilibrées, une diminution de l’activité physique, une exposition accrue aux écrans et aux réseaux sociaux, ainsi qu’une augmentation du surpoids. À cela s’ajoute la prédisposition génétique.

Ces éléments créent un contexte favorable à l’apparition plus précoce du diabète de type 2, ce qui était beaucoup plus rare auparavant.

Quels sont les signes d’alerte ?

Le diabète peut parfois évoluer de manière silencieuse, mais certains signes doivent alerter.

Parmi les symptômes les plus fréquents, on retrouve une soif excessive, des envies fréquentes d’uriner, une fatigue persistante, une sensation de faim accrue, une bouche sèche ou encore une vision trouble.

D’autres signes peuvent apparaître comme une perte de poids inexpliquée, une cicatrisation lente des plaies, des infections répétées ou des démangeaisons de la peau.

On peut également observer des manifestations comme des taches foncées sur certaines zones du corps, notamment au niveau du cou ou des aisselles, appelées acanthosis nigricans, qui peuvent être liées à une résistance à l’insuline.

Dans tous les cas, la présence de ces symptômes doit inciter à consulter.

Comment prévenir le diabète au quotidien ?

La prévention repose sur des gestes simples mais essentiels.

Il est important d’adopter une alimentation équilibrée, riche en fruits, légumes et céréales complètes, tout en limitant les sucres et les aliments frits.

L’activité physique joue également un rôle clé. Idéalement, il est recommandé de pratiquer au moins une heure d’activité par jour, que ce soit de la marche, du vélo, du sport ou même de la danse.

Il est aussi conseillé de limiter les boissons sucrées, de privilégier l’eau et de maintenir un poids de forme.

Enfin, le dépistage régulier est fondamental, surtout en présence d’antécédents familiaux.

En résumé : une alimentation saine, une activité régulière et un suivi médical permettent de réduire significativement les risques.

À quelle fréquence faut-il se faire dépister ou surveiller son diabète ?

Le suivi dépend du profil de chacun.

Chez les personnes en bonne santé, un contrôle de la glycémie à jeun tous les 3 à 5 ans est généralement suffisant. En revanche, pour les personnes à risque ou en situation de prédiabète, un dépistage annuel est recommandé.

Pour les personnes déjà diagnostiquées, la surveillance doit être plus régulière, parfois quotidienne, notamment pour la glycémie.

Le test HbA1c, qui permet d’évaluer la glycémie moyenne sur 2 à 3 mois, doit être réalisé tous les 6 à 12 mois en cas de prédiabète, et tous les 3 à 6 mois chez les patients diabétiques.

Il est également essentiel de surveiller d’autres paramètres comme la tension artérielle, le cholestérol, la fonction rénale, ainsi que la santé des yeux et des pieds.

Ce suivi global permet de détecter rapidement d’éventuelles complications et d’adapter la prise en charge.